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RELATION D’UN TEXTE À LA
SITUATION D’ÉNONCIATION |
 |
PLAN DE LA PAGE :
- Introduction
- Deux
relations possibles entre texte & situation d'énonciation
- Traces "grammaticales" de
l'énonciation
- Traces
"lexicales" de l'énonciation
- Une notion
complexe, mais...
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| 1/ INTRODUCTION :
Définition sommaire de la Situation d'Énonciation |
 |
|
 |
A. Qu'est-ce que la Situation
d'Énonciation ?
La situation d'énonciation correspond à la situation dans laquelle a été
produit un texte (oral ou écrit) ; le texte produit est appelé
énoncé.
B. Dans la situation d'énonciation, on distingue
particulièrement :
• |
celui qui a produit le
texte (l'énonciateur) |
• |
celui à destination de qui
le texte a été produit (le destinataire) |
• |
les lieux servant de
cadre à la production du texte |
)) le |
• |
le moment où le texte a
été produit |
)) contexte |
• |
l'intention de celui qui a produit le texte par rapport à
celui à qui il le destine (la visée : convaincre, émouvoir, distraire,
faire rêver, etc.) |
C. Cas particuliers :
Dans un récit de fiction, l'énonciateur est le narrateur (différent de
l'auteur).
En cas de dialogue (passages dialogués, théâtre, etc.), la situation
d'énonciation est complexe, puisqu'elle présente une alternance
d'émetteurs.
| 2/ DEUX RELATIONS POSSIBLES
ENTRE TEXTE & SITUATION D’ÉNONCIATION |
 |
|
 |
On peut envisager deux sortes de relation.
| |
On voit
que |
On en déduit la
relation suivante |
| a. |
celui qui produit le
texte laisse dans ce dernier des traces (grammaticales*) de
l'énonciation |
le texte est "ancré" dans la
situation d'énonciation |
| b. |
celui qui produit le
texte ne laisse pas dans ce dernier de traces (grammaticales*) de
l'énonciation |
le texte est "non-ancré" dans
la situation d'énonciation, ou est "coupé" de la situation
d'énonciation. |
(*) voir section
suivante
| 3/ LES TRACES
“GRAMMATICALES” DE L’ÉNONCIATION |
 |
|
 |
A. Dans un texte ancré dans la
situation d'énonciation
• |
Indications de lieu |
il y en a qui font
référence à cette situation d'énonciation et ne sont pas
complètement compréhensibles si on ignore de quoi est faite
celle-ci
|
• |
Indications de temps |
il y en a qui font
référence à cette situation d'énonciation et ne sont pas
complètement compréhensibles si on ignore de quoi est faite
celle-ci
|
• |
Pronoms
employés |
font référence au destinateur du texte : "je" (ou nous) et au destinataire "tu" (ou vous)
|
• |
Système temporel (verbes) |
système du DISCOURS : centré sur le présent de l'indicatif ; par rapport à ce
dernier se positionnent cinq autres temps de l'indicatif : le
passé composé, l'imparfait & le plus-que-parfait, le futur simple
& le futur antérieur. |
| |
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|
 |
Je ne vous demande qu'un
mot pour être assuré de votre innocence. Si
vous le voulez bien, laissez
votre réponse écrite en évidence ici-même, ce
dès demain afin que votre bonne volonté ne
fasse pas de doute. |
B. Dans un texte coupé de la situation
d'énonciation
• |
Indications de lieu |
ne font référence qu'à
des lieux déjà précisés : il n'y a jamais de référence à la situation
d'énonciation
|
• |
Indications de temps |
ne font référence qu'à
des indications temporelles déjà précisées : il n'y a jamais de
référence à la situation d'énonciation
|
• |
Pronoms
employés |
les pronoms personnels sont exclusivement : "il(s)" et "elle(s)"
|
• |
Système temporel (verbes) |
système du RÉCIT : il est centré sur le passé simple de l'indicatif ; par rapport
à ce dernier se positionnent trois autres temps de l'indicatif :
le passé antérieur, l'imparfait & le plus-que-parfait |
| |
|
|
 |
En 1921,
l'artiste Herman Garden suscita à Paris l'enthousiasme avec
des compositions d'objets exposés sur papier sensible, et il
devint, l'année suivante, dans la même
ville, le photographe le plus en
vue. |
C. Récapitulatif
| Indices révélateurs |
Texte “ancré” dans sit.
d'énonciation |
Texte “coupé” de la sit.
d'énonciation |
| Indications de
lieu |
| • Indicateurs
relatifs : peuvent faire référence à la situation
d'énonciation |
 |
ici, à
gauche | |
|
| • Indicateurs
absolus : s'appuient sur la connaissance du monde commune
aux destinateur & destinataire |
 |
à
Paris | | |
| • Indicateurs
relatifs : font référence seulement à des lieux déjà
cités dans le texte |
 |
à cet endroit, à gauche de cette
maison | |
|
| • Indicateurs
absolus : s'appuient sur la connaissance du monde commune
aux destinateur & destinataire |
 |
à
Paris | | |
| Indications de
temps |
| • Indicateurs
relatifs : peuvent faire référence à la situation
d'énonciation |
 |
aujourd'hui, hier,
demain | |
|
| • Indicateurs
absolus : s'appuient sur la connaissance du monde commune
aux destinateur & destinataire |
 |
(dates, saisons, heures,
...) | | |
| • Indicateurs
relatifs : font référence seulement à des moments déjà
cités dans le texte |
 |
ce jour-là, la veille, le
lendemain | |
|
| • Indicateurs
absolus : s'appuient sur la connaissance du monde commune
aux destinateur & destinataire |
 |
(dates, saisons, heures,
...) | | |
| Pronoms
employés |
• je, tu,
nous, vous (+ il, ils, elle, elles) |
• il, ils,
elle, elles (seulement) |
| Système
temporel (verbes) |
• système
du DISCOURS, centré sur le PRÉSENT |
• système
du RÉCIT, centré sur le PASSÉ
SIMPLE |
| |
|
|
 |
• SORTES DE
TEXTES • |
 |
| |
|
| |
|
|
- langage oral, - lettre, journal
intime, autobiographie, - presse ; texte argumentatif,
explicatif, informatif, etc. |
-
récit de fiction, - récit basé sur le réel, mais où le narrateur
prend ses distances, -
etc. |
D. Difficultés
a. Les imparfaits et plus-que-parfaits
L'imparfait et le plus-que-parfait, à eux seuls, ne permettent pas de
déterminer si un texte est ancré ou non dans la situation d'énonciation,
puisqu'ils apparaissent dans l'un et l'autre cas (ils
appartiennent au système du DISCOURS et à celui
du RÉCIT).
Vous pouvez visualiser le schéma animé présentant les deux systèmes de temps (celui du DISCOURS et celui du RÉCIT), en cliquant
sur le bouton "Lancer l'animation" ci-dessous.
b. La situation d'énonciation peut changer au cours
d'un même texte
C'est le cas, par ex., quand le narrateur "cède la parole" à ses
personnages (dialogues).
- Hors guillemets, le narrateur,
notamment lorsqu'il n'apparaît pas dans le texte sous la forme d'un
personnage ou d'un témoin, coupe son
texte de la situation d'énonciation (emploi exclusif de "il" ou "elle" et
du système temporel du RÉCIT) : la partie "hors
guillemets" est la partie narrative proprement dite.
- À l'intérieur des guillemets, le
dialogue engagé correspond à une nouvelle situation d'énonciation où
l'ancrage de la portion de texte se fait
totalement dans cette dernière (emploi de "je", "tu", du système temporal
du DISCOURS) : c'est la partie
« dialogues ».
 |
La situation d’énonciation met alors en jeu non plus
le narrateur, mais les personnages qui dialoguent. Les guillemets,
accompagnés du retour à la ligne avant et après le dialogue,
marquent le changement de situation
d'énonciation. |
 |
Une fois que tous furent rassemblés dans la
cour du casernement, le colonel s'adressa à ses hommes
en ces termes :
« L'heure est grave : votre courage
va devoir être à la hauteur de votre
patriotisme. L'ennemi est sur nous !
» |
c. Certains textes « jouent » sur des
ambigüités
* Cas des textes autobiographiques
Beaucoup de textes autobiographiques (dont ceux écrits par les élèves
eux-mêmes) emploient "je" et le passé simple, semblant ainsi combiner les
caractéristiques des textes ancrés ("je") et non-ancrés
(passé simple) dans la situation d'énonciation.
On peut l'analyser
de deux manières :
- superficiellement, on peut
admettre que l'autobiographie "se pense" comme un récit romanesque dont
elle calque certaines caractéristiques
- plus profondément, c'est une
manière, pour l'auteur/narrateur, de prendre de la distance par rapport
à sa propre histoire : il "se coupe" de son passé pour le regarder
de manière moins impliquée. C'est en s'appuyant sur cette même ambigüité
que des auteurs créent des romans d'apparence autobiographique.
 |
[Ma mère] se pencha sur mon lit pour
m'embrasser, et alors je n'eus plus
envie de rien, ni de pleurer, ni de me lever, ni de
sortir ; elle était là, et cela me
suffisait.
(Pierre
Loti) |
* Intervention du narrateur dans un texte coupé de la
situation d'énonciation
Occasionnellement, le narrateur d'un récit coupé de la situation
d'énonciation ("il" + passé simple) se ménage des « niches » où
il puisse s'exprimer, niches dans lesquelles il va énoncer ses
commentaires sur les faits racontés (voire interpeller le lecteur). Ces
commentaires sont souvent l'occasion
d'un changement de situation d'énonciation, comme l'attestent par exemple
le changement de système temporel.
 |
Au terme de la première journée du périple entrepris, tout
le monde passa la soirée à jouer de la guitare puis s'endormit sur
la plage. On ne peut imaginer façon plus merveilleuse de
voyager. |
* Cas du présent de narration
L'emploi du présent de narration consiste à faire croire (momentanément
ou longuement) que le texte est ancré dans la situation d'énonciation,
jouant sur l'impression qu'aura le lecteur d'être
impliqué dans l'histoire, alors même qu'il n'en est rien.
 |
Après de longs instants d'observation, le combat
s'engagea. Les coeurs étaient à la férocité, mais les
adversaires, de force à peu près égale, ne venaient pas à bout l'un
de l'autre. Soudain pourtant, Guillaume lève sa hache
de combat, qui, masse mortelle, vient s'abattre
fatalement sur le casque d'Arminien. La cervelle
jaillit, le sang se répand.
C'est un spectacle affreux. Tous furent
ébranlés par l'horreur qui s'offrait à leurs
yeux. |
retour au début
des
"traces
grammaticales"
| 4/ LES TRACES “LEXICALES”
DE L'ÉNONCIATION |
 |
|
 |
L'énonciateur (celui qui produit le texte) peut manifester des jugements sur les faits évoqués dans le texte : il
laisse alors s'exprimer sa subjectivité
(tournant résolument le dos à l'objectivité, à la "neutralité"). Cette expression de la subjectivité n'est pas nécessairement
délibérée : l'énonciateur peut être "victime" de sa propre
subjectivité !
Il influencera ainsi le lecteur par rapport
aux faits, aux personnages, aux idées, évoqués dans le texte. Par là-même,
l'énonciateur "trahit" ses intentions par
rapport à celui à qui il destine son texte.
ces traces lexicales de l'énonciation sont souvent
révélatrices de la visée du texte (ex. :
faire peur, convaincre, émouvoir, distraire, faire rêver, etc.)
A. Expression de l'émotion/des sentiments
L'énonciateur peut avoir une opinion favorable sur les faits évoqués dans le texte :
il emploie des "mélioratifs"
L'énonciateur peut avoir une opinion défavorable sur les faits évoqués dans le
texte : il emploie des "péjoratifs"
Mélioratifs ou péjoratifs sont surtout des expansions du nom
(adjectifs, compléments du nom, prop. sub. relative, etc.) ou des remplaçants
nominaux (substituts).
 |
COMPARER :
- Neutre — « Accident :
l'automobiliste conduisait une voiture
usagée. »
- Favorable —
« Accident : le pilote conduisait un
bolide de la Belle Époque. »
- Défavorable —
« Accident : le chauffard conduisait un
tacot antédiluvien. »
|
B. Expression de la certitude / du
doute
Il peut utiliser des modalisateurs, c'est
à dire des mots ou expressions qui manifestent ses certitudes ou ses doutes par rapport à la véracité des faits qu'il
écrit
- adverbes (certainement, absolument, incontestablement,
sans doute, peut-être, probablement, apparemment, etc.)
- verbes & expressions verbales (être sûr, admettre,
prétendre, s'imaginer, ne pas savoir, ignorer, paraître, sembler, douter,
croire, etc.)
- expressions particulières (sans aucun doute, on ne peut
nier, de toute évidence, selon certains, etc.)
>>> il existe d'autres moyens que les moyens lexicaux pour
exprimer doute ou certitude

Par ex : Le conditionnel peut indiquer que l'énonciateur
ne s'implique pas dans l’assertion qu'il émet.
 |
Les propos recueillis auprès de ce témoin sont
incontestablement faux, pourtant, je ne crois
pas qu'on puisse si vite juger cette affaire : selon
d'autres témoins, il n'y aurait pas eu violence
physique. |
| 5/ UNE NOTION COMPLEXE,
MAIS... |
 |
A. Dans la production de textes
Sa maîtrise assure un usage conscient de
certains choix lors de la rédaction d'un texte ; il est intéressant par
ex. de savoir que :
- on place le lecteur dans la position d'un interlocuteur impliqué lorsqu'on utilise "je"
dans un récit de fiction (mime l'ancrage dans la situation
d'énonciation) ; même remarque si on utilise des présents de
narration
- on donne des airs de roman à un écrit
assez banal en recourant au système temporel du RÉCIT,
alors que le recours au système du DISCOURS, plaçant
l'histoire dans un contexte plus familier (similitude avec le contexte de la
conversation), aurait abouti à un texte aux dehors moins...
surprenants (?).
- inversement, on donne peut-être une plus grande impression de sincérité en utilisant le système du DISCOURS (mime la confidence)
- on oriente l'atmosphère générale d'un
texte en choisissant mélioratifs ou péjoratifs avec soin (on comprend le
soin qu'il faut apporter au choix du vocabulaire qualifiant)
- on laisse la place au doute chez le
lecteur en utilisant des modalisateurs du doute ;
inversement, on a des chances de masquer un peu les faiblesses d'une
argumentation en faisant preuve d'une (fausse) assurance par l'usage de
modalisateurs de la certitude (dosage à déterminer).
Ainsi, on reconnaît les ambigüités dont
peut être émaillé un texte : par ex.,
- utilisation de "je" et du système
temporel du RÉCIT
(effet de roman, de détachement du narrateur, etc.)
- utilisation des présents de narration
(réservés généralement aux actions vives, aux événements créateurs
d'émotions fortes pour les personnages)
- mélange astucieux de mélioratifs et de péjoratifs dans un même texte
pour créer un effet d'étrangeté (mélange
propre à l'expression de la fascination, par ex)
- mélange astucieux de doute et de certitude à travers les modalisateurs,
pour créer un effet de complexité
- etc.
B. Dans la lecture des textes
Le "décodage" des textes est rendu plus perspicace dans les mêmes
proportions.
C. Remarque
En lecture, tenir compte de la date
d'écriture du texte.
On aura soin en effet de garder à l'esprit l'époque de la rédaction d'un texte lorsqu'on
commente par ex. l'usage du passé simple, bien plus répandu à l'oral
notamment, dans les siècles précédant le 19e : il ne lui attribuera pas
nécessairement toutes les caractéristiques exposées ici.
Dernière main : 22 octobre 2002